Le Garonne, première application des vapeurs français

Maquette du Garonne, musée de Lormont

Les premiers prototypes de bateaux à vapeur furent conçus au cours du XVIIIe entre les Etats-Unis et l'Europe. Si leur invention est généralement attribuée à l'Américain Robert Fulton et au Britannique James Watt, c'est oublier notre compatriote, le marquis Jouffroy d'Abbans, lui même reconnu comme inventeur du bateau à vapeur par Robert Fulton.
Cet architecte naval et ingénieur français, réussit en 1783, après plusieurs prototypes, à faire naviguer sur la Saône en Bourgogne, le Pyroscaphe, premier vapeur français à roues à aubes latérales. Cet essai concluant fut suivi, en 1816, de la réalisation du Charles-Philippe, desservant Paris et Montereau.

A cette époque, monsieur Church, consul des Etats-Unis d'Amérique pour la côte océane (Le Havre, Brest, Lorient et Bordeaux), obtint de Louis XVIII l'autorisation d'utiliser le brevet d'un système de machine connue sous le nom de Steamboat, dont il était possesseur. Il s'associe, entre autre, avec M Charles Jospeh Brannens, fils de négociants en bois girondins et le Sieur Bourgade, l'un des fondateurs de la première entreprise de navigation à vapeur sur la Gironde (1833), pour le financement d'un navire. Ainsi, il fit exécuter par messieurs Chaigneau frères et Bichon fils, constructeurs maritimes à Lormont, le Garonne, tout en bois, long de 24,76 mètres sur près de 6 mètres de large. Ce bateau prit le nom du fleuve sur lequel il allait principalement naviguer.

Le Garonne sera la première application véritable des vapeurs en France, destiné au transport des passagers sur le fleuve. Le bateau était divisé en deux parties. Une salle de première classe à l'arrière, décorée avec goût et pourvue d'un cabinet de toilette attenant, pouvait accueillir 60 personnes. La deuxième salle, à l'avant, pouvait en recevoir davantage. Le Garonne disposait également d'un restaurant avec cuisinier-traiteur et d'un café. Sa carène, étroite et peu profonde, rappelle celle des galères antiques, particulièrement adaptée à la navigation fluviale. Sans voile ni rame, il est propulsé par deux roues à pelles latérales, mises en mouvement au moyen d'une pompe à feu alimentée, non pas au charbon, mais par des bûches de pins. Il pouvait ainsi développer une puissance de 30 chevaux, soit 16 km/h avec le courant. Mais la consommation en bois était importante : environ 30 bûches à l'heure, soit 300 bûches pour un voyage aller-retour Bordeaux - Pauillac, dont la durée était de 10 heures. Les bûches coûtaient 14 francs le cent, rendues à quai et pellées, le droit d'octroi étant de 1 franc par stère. Quant à la machine, d'origine anglaise, elle avait coûtée 20 000 francs.

Plan du Garonne

Le Garonne est lancé le 3 août 1818 en présence de Monsieur le Comte de Tournon, préfet de la Gironde et d'une foule immense de curieux couvrant les quais et le fleuve d'embarcations. La réussite de cette intéressante opération fut saluée par un cri d'enthousiasme, auquel vinrent se joindre les détonations de deux petits canons du trois mâts le Tridon, revenant à Lormont après son voyage en Guadeloupe au moment où le Garonne quittait son lit. Il fut mis en service au public deux mois après son lancement, le 6 octobre 1818, finalement sur la ligne Bordeaux – Langon. Le Garonne naviguera pendant 9 ans. En 1820 il sera affecté à la ligne Bordeaux - Paulliac en passant par Macau et Blaye. Le 9 mai 1823 il est racheté par M. Ducasse de Langon et rebaptisé le Bayonnais pour effectuer le trajet entre Bordeaux et Bayonne jusqu'en 1827, date à laquelle il termine sa carrière.